Lecture fine des sols et du paysage
La complexité des sols viticoles français se lit à travers une mosaïque incomparable de textures (sables, argiles, galets roulés, calcaires fracturés…). Grâce aux applications cartographiques, il est possible :
- d’identifier la profondeur des horizons arables ou caillouteux, parfois sur moins de 50 cm d’épaisseur (le cas typique de la Côte de Nuits, source : BRGM)
- de spatialiser la teneur en éléments fins ou grossiers, révélant d’infimes variations d’une parcelle à l’autre
Prenons l’exemple du GIS viticole du Val de Loire (projet porté par la Chambre d’Agriculture et le BRGM) : plus de 18 couches de données géospatialisées permettent de superposer, pour chaque parcelle, la profondeur du sol, sa texture, la réserve utile en eau, le potentiel érosif, ou encore l’origine géologique.
Cette approche fine a permis de comprendre pourquoi, sur 200 m de largeur seulement, le vignoble de Savennières fait émerger des blancs de schistes inégalables (source : BRGM).
Quantifier et visualiser la variabilité intra-parcellaire
La notion de “climat” en Bourgogne ou de “lieu-dit” ailleurs repose, à l’origine, sur la prise en compte de micro-variations invisibles à l’œil nu. Grâce à la cartographie appliquée, il est aujourd’hui possible de :
- schématiser la distribution de la vigueur végétale sur une même vigne (grâce à l’imagerie NDVI)
- repérer les zones sensibles au stress hydrique
- anticiper les risques d’érosion selon la pente et la couverture végétale (source : Vitinnov)
Une étude publiée par l’INRAE montre par exemple que la variabilité intra-parcellaire, observée grâce à des cartes de rendement et d’état hydrique, peut atteindre jusqu’à 30% entre deux extrémités de parcelle en Gironde (INRAE), ce qui questionne les pratiques d’assemblage et d’irrigation.
L’impact du relief et de l’exposition : la carte comme révélateur
L’orientation des pentes, la pente elle-même et les courbes de niveau influent directement sur la maturité des raisins et leur concentration aromatique. Les modèles numériques de terrain (MNT) et les outils d’analyse spatiale révèlent, par l’image, des corrélations parfois contre-intuitives :
- en Médoc, certains “graves” en haut de croupe chauffent plus tôt au printemps que les fonds humides, modifiant précocement la phénologie de la vigne (source : CIVB)
- dans les vignobles du Sud-Est, des études montrent que l’exposition sud-est favorise certaines parcelles face à la sécheresse croissante liée au changement climatique (source : IFV)
La cartographie permet ainsi de spatialiser cette “énergie du lieu”, indissociable de la notion de terroir.